Webcampagne de François Hollande : le débrief

15 mai 2012 23 h 56 min

Le site francoishollande.fr, c’est lui.
Les écharpes imprimées et les bracelets rouges «Le changement c’est maintenant», c’est lui aussi.
Le photo-montage choc du « couple » Sarkozy-Le Pen, c’est encore lui.

Le graphiste britannique Robin King était responsable artistique de la campagne de François Hollande. Une semaine après le second tour, il débriefe pour nous la webcampagne socialiste.

 

Bluffés par le site de François Bayrou

Au départ, confie Robin King, l’équipe web de Hollande a été « impressionnée » par le site de François Bayrou. « Penser mouvement », c’est la devise du graphiste et Bayrou.fr a su l’appliquer avant les autres. « Leur site était le seul à faire défiler les pages comme sur un iPad, explique Robin, d’une façon fluide et ludique ». « Dommage qu’il ait perdu en originalité au fil des semaines », ajoute-t-il un brin cynique.

Les sites de Hollande et de Bayrou ont mis l’accent sur la mobilisation de leurs militants

Quand il a commencé à travailler pour François Hollande, Robin King avoue avoir été « plutôt sceptique sur l’issue de l’élection ». Maintenant que son champion est élu, il confesse « quelques erreurs et imperfections de la web-campagne ». « Quand elle nous a rendu visite, l’équipe d’Obama nous a conseillé de réunir le site du candidat (francoishollande.fr) et le site des militants (toushollande.fr). Nous avons refusé. Pourtant, dans les dernières semaines, les deux sites ont presque fusionné. Ma leçon : ne pas séparer le candidat, son programme, et ceux qui le soutiennent ».

Quelques maladresses vite oubliées

L’équipe a subi quelques ratés. Robin King se souvient par exemple de la photo panoramique 360° du meeting du Bourget, sur laquelle chaque participant pouvait tagger son nom. Un évènement relayé très tardivement sur Twitter :

« Nous n’avons presque pas fait de publicité et je ne sais même pas si cette photo existe encore », raconte Robin. Elle a en tout cas disparu de Facebook et du site actuel de François Hollande.

Mais selon le graphiste, l’un des plus gros « fails » (« échecs » en langage geek) de la campagne fut un email entièrement vide envoyé par mégarde à plus de 600 000 destinataires. « Le message ne contenait absolument rien, seulement un lien pour se désabonner ! », raconte Robin. Il précise que « la liste de diffusion a été bloquée quelques temps pour limiter les dégâts ».

Ce à quoi vous avez échappé

Photo-montages, vidéos virales, images détournées, l’équipe web de François Hollande a concentré ses attaques contre le candidat Sarkozy. Une mobilisation plus « trash », rarement officielle, selon une méthode bien rodée : « Je diffusais mes photo-montages depuis mon compte Facebook personnel, pour que ça ne paraisse pas officiel, explique le responsable artistique de Hollande. Les images et les vidéos se répandaient ensuite toutes seules sur YouTube et sur les réseaux sociaux. Elles restent introuvables sur les pages Facebook et les comptes Twitter officiels du candidats ».

Trop méchantes, trop violentes, plusieurs créations n’ont jamais été diffusées. « J’ai préparé un photo-montage de Sarkozy en Hitler, raconte Robin King. Il était mieux réalisé et plus puissant que tout ce qui avait été fait avant. Peut-être était-il trop réaliste finalement ».

Sarkozy en Hitler. Tags du 11e arrondissement

Un autre photo-montage est directement passé des logiciels de retouche aux corbeilles à papier. Pour railler la « fascination » de Nicolas Sarkozy pour l’Allemagne, Robin King avait préparé une image d’Angela Merkel accueillant Nicolas Sarkozy en expatrié déçu par son pays. Les bras grands ouverts la chancelière lançait à l’ancien président français un chaleureux « Willkommen ! ». L’illustration n’est jamais sortie des ordinateurs du siège de campagne socialiste, peut-être pour ne pas risquer de froisser le futur partenaire allemand.

L’équipe web attend de se recaser 

Cinq jours après le second tour, l’équipe web de Hollande a été réduite à une dizaine de personnes. « Chacun de nous a sa petite idée sur le poste qu’il aimerait exercer dans un ministère », avoue Robin. Pour le moment, personne n’ose en parler. « L’équipe est dans l’expectative. Elle vit au jour le jour », explique Robin. Lui se verrait bien confier la tâche de renouveler le site de l’Élysée, trop « corporate », trop « froid ». Le britannique a déjà sa petite idée sur le futur site et annonce :  « Il est temps de mettre un peu de rock’n'roll là-dedans ! »

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