image1 image2 image3 image4 image4

Le sommeil biphasique de nos ancêtres



Admettons que vos grands-partents dormaient probablement comme vous. Ainsi que vos arrières-arrières-grands-parents. Cela dit ils n'utilisaient pas d'oreiller ergonomique comme l'oreiller en sarrasin et si vous remontez au-delà des années 1800, le sommeil commence à différer quelque peu. Vos ancêtres dormaient d’une manière que l’on trouverait très bizarre à notre époque moderne puisqu’ils dormaient en deux étapes. Et vous pourriez très bien le faire vous aussi.

L’histoire, comment nos ancêtres dormaient-ils?



C’est le professeur d’Histoire à l’Université de Virginia, Roger Ekirch, qui fut le premier à découvrir l’existence d’un sommeil biphasique.

Ses recherches démontrèrent que l’on n’a pas toujours dormi des nuits de 8 heures d’affilée. Nous dormions en deux périodes plus courtes sur un laps de temps plus long. Ce laps de temps était de 12 heures, commençant par une période de sommeil de 3 ou 4 heures, suivi d’une période d’éveil de 2 ou 3 heures, pour se terminer par un deuxième temps de sommeil jusqu’au matin.
La littérature scientifique est émaillée de références, de petits documents, de notes personnelles et papiers éphémères appartenant aux temps anciens. Ce qui est surprenant n’est pas le fait que les gens dormaient en deux phases mais que ce concept était d’une extrême banalité. Les habitudes de sommeil dans les moeurs, celles que l’on acceptait, étaient réparties sur deux périodes. « Ce n’est pas tant le nombre de références, mais c’est la façon dont on s’y réfère comme un phénomène de notoriété publique », explique Ekirch.

Par exemple, un médecin anglais écrivait que le moment idéal pour étudier ou méditer se situait entre le “premier sommeil” et le “deuxième sommeil”. Chaucer cite un personnage des Fables de Canterbury qui va au lit après son “premier sommeil”. Et, dans les années 1500, pour expliquer le fait que les classes ouvrières mettaient au monde davantage d’enfants, un médecin déclarait que c’était parce que les personnes avaient des rapports sexuels après leur premier sommeil.

Le livre d’Ekirch, “A la tombée du jour : la Nuit au temps passé” regorge d’exemples de ce style :

Mais que pouvaient bien faire les gens pendant ces heures de crépuscule ? A peu près ce que vous pouvez imaginer.
La plupart restaient dans leur chambre ou bien dans leur lit, parfois pour lire et bien souvent ils en profitaient pour prier. Les manuels religieux contenaient des prières spéciales à dire durant ces heures de milieu de sommeil.
D’autres fumaient, parlaient avec celui qui partageait leur chambre ou avaient des rapports sexuels. D’autres, plus actifs, allaient rendre visite à leurs voisins. Comme nous le savons, cette pratique a fini par disparaître. Ekirch attribue le changement de ces coutumes à l’éclairage de la voie publique, voire à l’entrée de l’électricité dans les maisons ainsi qu’à l’expansion des cafés. L’auteur Craig Koslofsky avance une théorie supplémentaire dans son ouvrage : “l’Empire du Soir”. Avec l’éclairage des rues, la nuit a cessé d’être le domaine des criminels et des classes subalternes pour devenir un temps consacré au travail et à la socialisation. Le sommeil biphasique fut alors considéré comme un gaspillage de ces quelques heures qui séparaient les deux périodes.

Quelque soit la raison de cette évolution, peu après le tournant du 20ème siècle, le concept du sommeil biphasique avait disparu des mœurs. Jusqu’aux années 1990.


La Science derrière ce type de sommeil



Même si le sommeil biphasique appartient à l’Antiquité, il existe encore aujourd’hui une tendance chez l’homme moderne à le pratiquer. Il pourrait s’agir d’une préférence biologique innée pour deux phases de sommeil, dans certaines circonstances. Au début des années 1990, Thomas Wehr, psychiatre de l’Institut National de la Santé Mentale, a mené une étude sur la photopériodicité (l’exposition à la lumière) et ses effets sur nos habitudes de sommeil.

Dans cette étude, 15 hommes ont passé 4 semaines à subir des restrictions artificielles de la lumière du jour. Au lieu de rester éveillés et actifs pendant les 16 heures de la journée, ils ne restaient debout que 10 heures par jour. Durant les 14 heures restantes, on les maintenait enfermés dans une chambre obscure où ils se reposaient ou dormaient autant que possible. Ceci reproduisait les journées hivernales où la luminosité est courte et les nuits très longues.
Au début de l’étude, les participants dormaient énormément, comme s’ils avaient du sommeil à rattraper, ce qui est chose courante dans notre société moderne. Et une fois qu’ils ont eu rattrapé leur sommeil, un étrange phénomène commença à apparaître Ils commencèrent à avoir deux type de sommeils.

Sur une période de 12 heures, les participants avaient une période de sommeil de 4 ou 5 heures, puis se réveillaient pour plusieurs heures et se rendormaient ensuite jusqu’au matin. Ils ne dormaient pas plus de 8 heures au total.
Le milieu de nuit, entre les deux périodes de sommeil, se caractérisait par un calme inhabituel, propice à la méditation. Ce n’était pas le milieu de nuit que certains d’entre-nous connaissent, où l’on se tourne et se retourne pour retrouver le sommeil. Les individus n’étaient pas angoissés de ne pas réussir à retrouver le sommeil mais ils mettaient ce temps à profit pour se détendre. Russell Foster, professeur de neuroscience spécialiste des cycles circadiens à Oxford, souligne que même dans les phases standard de sommeil, le réveil de milieu de nuit ne doit pas toujours nous inquiéter. « Beaucoup de gens se réveillent en pleine nuit et paniquent », dit-il. « Je leur dis que ce qu’ils expérimentent là c’est un retour aux schémas de sommeil biphasique.
En dehors du cadre de l’expérience scientifique, ce genre de schéma peut toujours être mis en place mais cela nécessite de changer notre style de vie moderne électrique. Une personne très sympathique, J.D. Moyer, suivit ce mode de vie. Lui et sa famille décidèrent de passer un mois sans lumière électrique.

Durant les mois d’hiver, cela signifie beaucoup d’obscurité et beaucoup de sommeil. Moyer décrit : “J’allais au lit très tôt, vers 20 h 30 et me levais vers 2 h 30. Ce fut inquiétant au début jusqu’à ce que je me dise que ces schémas de sommeil étaient ceux qui préexistaient avant l’avènement de l’électricité. Lorsque je me réveillais, je lisais ou alors j’écrivais à la lueur de la bougie pendant une ou deux heures, puis je retournais au lit.
Moyer ne chercha pas à reproduire les schémas de sommeil de nos ancêtres, cela se produisit juste par voie de conséquence à de nombreuses heures d’obscurité.


Devrions-nous remettre le sommeil biphasique en place ?



Bien que l’Histoire montre que le sommeil biphasique était le mode de sommeil par le passé et que la Science nous indique que ce schéma est (dans certaines conditions) naturel, il n’y a rien qui prouve que c’est mieux. Deux périodes de sommeil peuvent vous donner la sensation d’avoir mieux récupéré mais cela peut être tout simplement lié au fait que vous vous êtes délibérément accordé davantage de temps pour vous détendre, vous relaxer et dormir. Dans ces mêmes conditions, une nuit unique de 8 heures devrait être somme toute aussi efficace.

Remarquez bien que le sommeil sur deux périodes nécessite beaucoup d’obscurité, laquelle n’est réellement possible que durant les mois d’hiver. Les forts taux de luminosité des journées estivales et des autres saisons rendraient le sommeil biphasique difficile, voire impossible.
Peut-être que le sommeil biphasique n’est qu’un mécanisme d’adaptation à l’ennui des longues et froides nuits hivernales. De nos jours, nous n’avons pas besoin de nous adapter. Tant que nous consacrons le temps et le respect nécessaire à notre sommeil, le schéma standard actuel des 8 heures de sommeil devrait être bon.

Cependant, la prochaine fois que vous vous réveillez à 2 heures du matin et que vous ne parvenez plus à dormir, rappelez-vous simplement votre arrière, arrière, arrière, arrière, arrière grand-père. Il faisait la même chose toutes les nuits.